Thorn

Mon père m’a raconté quelques histoires sur son temps dans l’armée mais je regrette de n’avoir jamais appris ou demandé de détails spécifiques sur les lieux où il était ou sur les unités avec lesquelles  il a servi. Plus récemment j’ai tenté d’ajouter des dates et des lieux aux histoires et les ai placés dans une sorte de contexte historique. J’ai posé d’autres questions à ma mère, j’ai obtenu  les archives militaires et en recherchant cette période à travers la littérature et les journaux des unités, j’en ai appris beaucoup plus sur les activités après Dunkerque de l’armée britannique en France.  Même si c’est incomplet, c’est ce que j’ai sur sa carrière et  un résumé sur sa courte période dans la B.E.F. en mai/juin 1940.

Il a été appelé le 16 juillet 1939 et il était dans le premier contingent de 34.000 hommes de 20-21 ans pour rejoindre la milice sous le Military Training Act d’avril 1939. Après une période d’entraînement il a intégré  le bataillon 307 du 37ème regiment anti-aérien d’artillerie royale. Avec l’aide précieuse de Firepower, le musée de l’artillerie royale, j’ai pu consulter le journal de guerre du bataillon 307 du 37ème régiment  S/L pour la période pendant laquelle il était en France en 1940 et un résumé de ses activités quand il prenait part aux défenses britanniques anti-aériennes.

 

Le bataillon 307 S/L a été envoyé à Dunkerque via Douvres le 18 mai 1940 et a été immédiatement  posté plus au sud mais il a été incapable d’atteindre sa destination d’Etaples cette nuit-là avec la congestion causée par les réfugiés. Ces troupes récemment arrivées devaient se demander ce qui les attendait. Le lendemain elles traversèrent la Somme et atteignirent Le Havre le 19 mai. Les Allemands arrivèrent à la Manche par la Somme le 20 et par conséquent le bataillon 307 évita de peu d’être pris au piège dans la poche de Dunkerque ou pire encore d’être repéré par les panzers allemands en convoi.  Après quelques jours  d’ordres de mouvements étranges d’un côté à l’autre de la Seine le bataillon 307 SL pris position comme défense aérienne autour du Havre. Le 30 mai le bataillon fit feu sur son premier avion sans l’endommager, ce qui fut heureux puisqu’il s’agissait d’un appareil français. Les raids hostiles devinrent bientôt plus réguliers. La première des histoires de mon père fut à propos d’un fusil Lewis qu’il maniait quand soudain un avion allemand apparut  à basse altitude surgissant derrière un nuage. Il m’a dit que ni lui ni l’avion n’avaient tiré parce-qu’ils avaient été trop surpris ou effrayés, l’avion disparut vite. Un soir les troupes SL de mon père  repérèrent un sous-marin ou un bateau faire des signaux à quelqu’un sur le rivage mais en dépit des recherches aucune présence n’avait été confirmée. Le journal de guerre de l’unité fait référence à des sauts de parachutistes  mais personne ne fut trouvé par les sections de recherche, il y a une tension palpable et elle augmente après les evacuations de Dunkerque. Mon père avait parlé de soldats qui devenaient sensibles et de plus en plus nerveux au fur et à mesure que les Allemands approchaient du Havre. 102 hommes de la batterie furent envoyés comme renforts à un bataillon royal de fusillés qui défendait la ville. Sur une note plus légère, mon père décrit avec une saveur particulière qui a reveillé sa nature anti-establishment le moment où ils ont détruit les véhicules et le matériel de sa troupe avant d’évacuer Le Havre pour Cherbourg en bateau les 11 et 12 juin dans le cadre de “Operation Cycle”. Le reste du contingent a réussi à traverser la Seine avec presque tout leur équipement. Le régiment s’est rassemblé le 14 juin dans un camp tout près de Rennes. Un tumultueux trajet en train achemina ceux qui avaient été postés à Cherbourg. Pendant ces derniers jours de la force d’expédition britannique en France le 307ème régiment fut évacué par les ports de St Malo, Brest et St Nazaire (participant à “Operation Aerial”). Il tenta sans succès de rapporter des projecteurs et des véhicules en Grande-Bretagne lors d’un convoi à destination de Brest. Je crois que mon père fut évacué par St Nazaire tout en insistant qu’il avait presque embarqué sur le Lancastria et qu’après le naufrage les ordres furent de ne jamais mentionner ce désastre de retour au pays. Mon père fut de retour au Royaume-Uni le 19 juin et il retrouva son régiment à Taunton. L’unité n’avait perdu que quelques hommes en France. Le journal de guerre de l’unité sur cette période donne une claire idée sur le flou dans lequel la force d’expédition britannique se trouvait à cette époque.

Le régiment  a ensuite fait partie de la défense aérienne britannique et il était posté au sud du Pays de Galle. C’est là-bas que mon père a recontré ma mère qui travaillait dans une usine d’armes de type Bofors. En mai 1942 il fut reclassé de A1 à A2 à cause de ses pieds plats pour les bottes selon lui. Il gagna une meilleure solde en travaillant comme cuisinier sur l’un des sites S/L. En décembre 1943 il fut promu lance bombardier certainement grâce à un officier en chef qui avait remarqué que son projecteur pouvait suivre longtemps un avion allemand, lequel n’avait pourtant pas été abattu.

Comme la menace allemande diminuait, beaucoup de postes de commandement anti-aérien furent transférés vers d’autres unités. Dans le cas de mon père, il fut envoyé dans le Corps des Services de l’Armée Royale en décembre 1944, comme simple soldat, pour devenir ajusteur (dans le pétrole). Il fut envoyé outre-mer le 12 avril 1945 et se retrouva à Hambourg avec le 21ème régiment de Montgomery. Une histoire qui lui est restée de cette époque est qu’une nuit pendant sa garde alors qu’il cherchait qui toussait il se rendit compte qu’en fait il avait affaire à une vache. Il revint au Royaume-Uni le 15 juin 1946 et fut démobilisé en mars 1946. Il n’a jamais réclamé ses médailles de guerre et il fut enfin libéré de ses obligations de réserviste en 1959.